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GROTTE DE FOISSAC : PROSPECTION INVENTAIRE

Contexte archéologique

Dans la partie concernée de la grotte, les travaux dirigés par Fr. Rouzaud ont montré que personne et aucun objet de cette dimension n’ont pu y accéder entre la fin du Chalcolithique et 1962. Par contre des artéfacts indiquent une présence humaine s’étendant du Paléolithique moyen au Chalcolithique inclus.

Etat de l'os

Postérieurement à son décharnement, de multiples types et phases d’évènements ont impacté sa surface, en un long cycle taphonomique. Les causes de ces impacts sont multiples, et certaines sont anthropiques. L’os a subi d’importants séjours hors de l’eau, probablement au contact de l’air. Il est possible que la face externe soit restée longuement prisonnière d’une gangue argileuse, alors que les trois autres faces étaient en prise direct avec l’atmosphère.

L’os a conservé de petites et fines plages de calcite granuleuse. Ce sont des résidus de surfaces calcitées qui furent nettement plus importantes. Leur présence révèle l’existence d’une phase durable de l’histoire de l’os nécessaire à cette formation. Il était alors au moins partiellement à l’air libre, dans une grotte, et en un lieu situé hors zone de battement des crues. Ce type de calcite noduleuse et pelliculaire, avec les mêmes teintes, est caractéristique de la grotte de Foissac.

Postérieurement à sa phase de formation la calcite a subi une phase de destructrion partielle. Cette disparition peut être liée à un événement naturel comme des phases régulières d’humidification et déshumidification qui auraient induit un décollement de la pellicule de calcite. La localisation de l’os en zone de battement de crue paraît compatible avec une telle évolution.

Indépendamment, les stigmates émoussés d’un raclage anthropique paraissent se prolonger sous la calcite.

Vu leur forme, les grands enlèvements de matière de la face postérieure n’ont pas été réalisés sur os frais. Les arrêtes des cassures induites par ces enlèvements de matière ne sont pas émoussées. Ce sont les seuls impacts non émoussés visibles sur l’os. Pourtant les surfaces présentent une légère patine incluant des teintes gris-noir qui correspondent à des dépôts d’oxyde de manganèse ou de matière organique en décomposition. Ces dépôts sont associés à des phases d’ennoiement de l’os. Les objets installés dans la grotte depuis 1970, en zone de battement de crue, ne sont pas affectés par ces teintes. Par contre, les os d’un squelette chalcolithique situé en zone de battement de crue, présentent ces teintes noires, et ce uniquement sur les surfaces cycliquement au contact de l’air et de
l’eau, et pas sur les surfaces qui étaient prises dans la gangue argileuse, ou sur celles qui n’ont jamais été atteintes par les crues.
Tous ces événements s’inscrivent dans de longues durées qui accordent, à l’os et à son incision, une grande ancienneté, totalement incompatible avec une date postérieure à 1962.

Aménagement de l'os et impacts modernes

L’os présente d’importants impacts anthropiques volontaires. Il s’agit de phases d’enlèvements de matière, d’incisions, et de polis qui s’intègrent dans une volonté de mise en forme de l’os et de réalisation d’œuvre(s) d’art.
La majorité des incisions sont compatibles avec une réalisation par un outil en silex et en aucun cas par une lame métallique. Tous les bords des incisions sur la face externe de l'os paraissent anciens ; les arêtes y sont émoussées. C'est probablement la conséquence d'un soigneux poli intentionnel. Ce poli est postérieur aux incisions. Il en a effacé une partie.

Il existe aussi quelques petits impacts modernes. Ce sont de légers enfoncements de moins de 1 mm de profondeur dont les bords, de teinte blanche, paraissent soit écrasés, soit cassés net. Ils sont les témoins de la fragilité actuelle de la surface de l’os.

L’état actuel de l’os interdit la réalisation de tous les types d’incisions anthropiques présentes sur la pièce. Les incisions sont donc antérieures à cette fragilisation. L’aménagement de l’os ne peut pas être moderne.

Les données dont nous disposons génèrent un faisceau de présomptions qui invite à considérer que l’objet, déjà incisé, a longuement (plusieurs millénaires) séjourné dans le réseau de la grotte, et il y a subi, après incision, de multiples événements de durées parfois longues.

Nous retenons donc une attribution préhistorique pour cette œuvre d’art mobilier, et espérons que la poursuite de son étude permettra d'affiner cette attribution chronologique.

Par contre, nous ne disposons pas de données probantes sur les conditions et les dates des déplacements qui, dans la grotte, ont affecté l'objet depuis son abandon.

Yanik LE GUILLOU
Sébastien DU FAYET

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